Héla Fattoumi

1965

Directrice d’un centre chorégraphique, Belfort

"Ce qui me passionne de façon générale, c’est la quête de l’imprévisible, l’intensité et les rencontres."

Mon parcours

Je suis danseuse, chorégraphe et je dirige VIADANSE, le Centre Chorégraphique National (CCN) de Bourgogne-Franche-Comté organisé autour de la Cie Fattoumi-Lamoureux qui rayonne avec ses spectacles au niveau national et international. Le centre soutient la création et la recherche et accompagne la production de compagnies en résidence, crée des liens avec l’Éducation Nationale et propose des créations avec des habitant-e-s du Territoire de Belfort et de la Suisse frontalière.

Ce qui me passionne de façon générale, c’est la quête de l’imprévisible, l’intensité et les rencontres. Ce moment où le noir arrive dans une salle de théâtre, quand le public est dans l’attente d’une promesse du spectacle qu’il vient découvrir. Ce petit moment ténu plein d’espoir d’être emporté-e, captivé-e… Au fond, c’est ce sentiment à la charnière entre nos vies et la rencontre d’une œuvre. Que ce soient les nôtres ou celles des autres !

Mon parcours. Plutôt un constat, celui d’être née dans un monde où le corps des femmes est tellement précieux que tout est mis en œuvre dans l’éducation pour le protéger, l’enfermer, l’empêcher dans un climat liberticide. Donc, merci à ma mère. A des professeur-e-s à l’université, qui m’ont fait découvrir que la danse est un art de création puissant et singulier. Merci de m’avoir permis d’oser un premier solo. Merci à tous les chorégraphes qui ne m’ont jamais choisie alors que je passais leurs auditions. Merci à eux, j’ai dû chercher une voie solitaire et m’affirmer par moi-même. Mais pas très longtemps, car Eric Lamoureux, à peine sorti du monde du foot, est apparu sur mon chemin. Il m’a embarquée avec son énergie, son audace et son sens de la liberté.

Gérard Violette, directeur du théâtre de la Ville de Paris jusqu’en 2008, nous a beaucoup soutenu-e-s en présentant nos pièces dans son théâtre. Merci aux artistes réunis pour créer ensemble des spectacles car notre art chorégraphique s’apparente à une création collective.

Un bémol, des obstacles ? La danse étant un art éphémère, œuvrer pour sa reconnaissance est un travail qui semble toujours à recommencer… pour convaincre, expliquer ! Maintenir l’accompagnement de cet art de prototype (et non une industrie culturelle) est un engagement qui ne souffre pas de relâche. Donc, c’est parfois décourageant car les acquis sont fragiles. Un des enjeux est d’offrir encore plus de visibilité à la création chorégraphique pourtant si foisonnante. Au départ, dans les écoles de danse beaucoup de petites filles rêvent de devenir danseuse. A l’arrivée, les femmes à la direction de lieu de décision sont en minorité. PARADOXE. Sur 19 CCN en France, seulement 4 sont dirigés par des femmes-chorégraphes.

Je suis fière de 30 ans de complicité artistique avec Eric Lamoureux, indéfectible compagnon de route, tant dans la vie que dans la création. Aventure passionnante sans cesse relancée dans un rebond permanent ! Ensemble, nous avons le goût du risque et d’affirmer sans cesse la liberté de créer selon nos aspirations, nos tâtonnements. Ce chemin se nourrit d’une énergie rechargée par le travail, pierre angulaire de toute aventure militante. Je suis fière d’avoir contribué à casser les préjugés, les stéréotypes accrochés à l’art de la danse, mais c’est un chemin sans fin.

À la Proust

Cet encart vous est présenté dans sa langue d’origine
Au-delà de votre profession

La littérature, le cinéma, les arts visuels et la création contemporaine en général.

Des personnes qui vous inspirent

L’anthropologue Françoise Héritier, la sociologue Fatima Mernisi, la militante féministe Wassila Tamzali et tant d’autres encore. Des poètes comme Fernando Pessoa, Henri Michaux, des philosophes comme Edouard Glissant, Edgar Morin.

Un livre & un film

Les œuvres de Marguerite Duras et de Nathalie Sarraute et Persona (Ingmar Bergman) et Stalker (Andrei Tarkovski).

Un modèle

Dans la danse, la littérature… celles et ceux qui résistent à la marchandisation, à la simplification. La chorégraphe Maguy Marin et l’écrivaine Marie N’Daye.

Un objet

Je ne sors jamais sans une bouteille d’eau et de quoi écrire.

Une couleur

Les couleurs profondes et lumineuses

Un rêve

Régler tous les problèmes en dansant.